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mercredi 2 octobre 2013

Un beau moment

Ce week-end, une bonne partie du petit monde de la SF avait rendez-vous à la Médiathèque François Mitterrand de Clamart pour honorer la mémoire de Roland C. Wagner, bêtement disparu il y a un an, nous laissant orphelin de son œuvre à venir et, surtout, de sa présence chaleureuse...

"Chaleureuse", c'est un terme qu'on peut appliquer à cette rencontre, à ces retrouvailles de vieux et moins vieux amis de Roland, de sa famille, la vraie comme la littéraire, toutes les frontières étant floues chez lui, tant il avait sa place partout.

Comme un peu tout le monde, j'ai eu peur que le chagrin pèse au-dessus de cette rencontre, alors qu'elle a été un vrai moment festif (comme l'avait été la Bradocon qu'on lui avait dédiée l'an passé), un moment de souvenir intense, très marqué émotionnellement, mais empreint d'énormément de bonheur et de joie à l'évocation de ces souvenirs parfois partagés, parfois découverts, mais dans lesquels on reconnaissait sans cesse le Roland tel qu'on l'avait connu...

Pour moi, cette nouvelle plongée dans mon passé de fanzineux (pas complètement enfui, ni enfoui, apparemment) a commencé la veille en voiturant CJ jusque chez Oncle Joe, dans son superbe et minuscule appartement parisien, caché au cœur de Paris et qui s'est révélé, on s'en doutait, comme un antre mythique, enseveli sous des tonnes de bouquins. Ça me rappelait mes squats intempestifs chez Fred Blayo (même si son appartement était à l'époque plus grand (et plus irrespirable à cause du chat))... Le simple fait d'être accueilli "à la bonne franquette" chez quelqu'un pour la simple (et bonne !) raison que nous partageons à des degrés divers un amour de la SF me replongeait à 100% dans l'esprit fanique qu'il m'était arrivé de perdre un peu de vue...

Tout le monde ayant envie de voir les montagnes de livre, je vais être contrariant et vous mettre plutôt un cliché de l'étrange paysage urbain contemplé depuis la fenêtre de Joe... C'est extraordinaire et on le regarderait pendant des heures...

On peut même faire des variations assez extraterrestres sur le sujet :


Le samedi 28, retrouvailles dans un restau  snack arménien, qui remplit correctement son rôle : réunir tout le monde et caler les estomacs de façon conviviale. A peine entré, un gars me tombe dans les bras en disant "Philippe, ça fait longtemps", je dois avouer n'avoir hésité qu'une seconde avant de reconnaître Michel Pagel, mention honorable, puisque Michel et Francis Z. se sont croisés le matin-même à l'hôtel sans même se reconnaître... Le Z., puisque j'en parle, en voilà un autre personnage dont j'étais très heureux de croiser de nouveau la route... Heureusement qu'on m'avait prévenu qu'il avait fondu, qu'il s'était rasé et qu'il ressemblait maintenant à un simple monsieur très grand. Bon. Cela ne l'empêche heureusement pas d'être un très grand Monsieur... :P

Attablés, Joe Altairac, Michel Pagel, 
Alvaro Salvat, l'ami d'enfance de Roland
et PJT (=PFH, les initiés comprendront)

 Plaisir de manger entre Cathy (qui n'a pas changé d'un iota, ce qui énerve un peu, mais tant mieux pour elle ; ), Natacha (bon, là, j'admets qu'elle a grandi... Mais peut-être est-ce parce qu'elle avait quatre ou cinq ans ans la dernière fois que je l'avais vue) et mon ami André, rescapé du métro/RER...


Tout le monde est captivé par les souvenirs d'Alvaro

Qui a mis le Z. derrière les barreaux ?

A 13h30, nous nous dirigeons vers la médiathèque où nous sommes accueillis par de superbes et émouvants clichés de Roland, exhibant ses premiers romans et trophées, et d'autres de Roland, enfant, visiblement déjà passionné de SF :

Roland accueille en musique l'ami Jean-Luc Buard,
c'est pas cool, ça ?

A 14h30 précises, le grand ordonnateur et maître de cérémonie, Mister Jean-Luc Rivera ouvre l'événement :

Tout le monde saluera son impressionnante maîtrise de la situation, son respect du timing, son sens inné de l'organisation... Même si, c'est vrai, on terminera une minute en retard...

En premier lieu, Alvaro évoquera l'enfance de Roland, ses souvenirs du collège, il nous indiquera le garage qui se trouve maintenant à l'emplacement du bouquiniste où Roland, suite à un accord avec le commerçant, avait la primeur sur tout Fleuve Noir Anticipation qui entrait dans la boutique.

Puis vient l'évocation de nos premières années de fandom et de nos rencontres avec Roland. Michel Pagel ouvre le feu (et me rappelle pourquoi je n'arrivais plus trop à réunir mes souvenirs de Roland à Quétigny : l'animal n'était pas venu, on avait passé notre temps à l'attendre en vain...), sur l'écran passent quelques photos, dont celle que Marie-Pierre Rivelois, qui illustra quelques fanzines dans ces années-là, avait prise avec mon appareil, ce qui explique que, pour une fois, je partageais l'image avec Roland et Michel, on évoque l'aspect de rockloub de RCW, ses amitiés, son enthousiasme, sa gentillesse...  Je glisse mes anecdotes personnelles, Joëlle Wintrebert raconte ses premières conventions également, Jean-Marc Ligny vient nous rejoindre pour parler de sa rencontre, puis nous lui cédons la place pendant qu'il raconte la naissance de Red Deff...
(photo : Marie M - merci...)

Claude Ecken rejoint Jean-Marc et évoque les aventures de Roland au Fleuve Noir. Je connais pas mal des anecdotes, pour les avoir entendues de Roland lui-même, mais il m'avait échappé que ce Schtroumpf avait sciemment fourgué avec jubilation son dyptique "Le Navire ancré dans le Ciel/La Mort marchait dans la rue" sous le titre "Les derniers jours de Mai", ravi que personne au Fleuve ne réalise qu'après un "dernier jour de mai - 1" vient forcément un "Dernier jour de mai - 2" ! 
A posteriori, je n'ai aucun mal à l'imaginer écroulé de rire, car c'était aussi la position dans laquelle il était le jour où il m'a annoncé que le Fleuve Noir allait publier les Red Deff : "tu te rends compte, Red Deff au Fleuve, ils n'ont rien vu, ah je suis fier..."
 Claude Ecken...
...Et son public amusé, ici Joe Altairac et Laurent Génefort...

... qui seront les suivants, avec Philippe Caza et Jean-Luc Buard à évoquer leurs souvenirs et leurs collaborations avec Roland, entrecoupé d'un petit intermède "Garichankar" que Joe m'a incité à faire, JLB ayant cité les tirages effrayants que Roland imposait pour son fanzine (13 exemplaires pour le n°1, 20 pour le suivant)... Plus de gens réclamaient de Garichankar qu'il n'en existait (c'est bien pourquoi je suis si en rogne d'en avoir égaré deux numéros. Je pensais que Roland m'avait peut-être "oublié", mais en les voyant dans les vitrines de l'exposition de la médiathèque, je me suis bien souvenu : je les avais... Ils sont probablement dans une boite où ils n'ont rien à faire, cependant, je ne m'inquiète pas trop...)
 Joe, Caza, très ému quand il explique que Roland l'a abordé un jour en lui disant "j'aimerais que tu fasses les couvertures de tous mes prochains romans"... Flatté, il a dit oui, puis il a plongé dans le monde de Roland et il en est devenu partie intégrante...
Magnifique histoire (et magnifiques couvertures...)
JLB et Laurent Génefort

Récréation musicale, car qui dit Roland dit forcément Rock, le toujours vibrionnant Pascal J. Thomas prend la scène comme un pro en tombant la chemise, comme une star, même s'il a prétendu que c'était pour faire le super-héros (ok, ce n'est pas moins prétentieux, mais c'est notre PJT, il peut et même il doit le faire...)
Remarquable exposé, avec de beaux extraits de garage bands qui faisaient soupirer tout le monde "ah ça, c'est Roland, c'est tellement lui"... Ligny et PJT ont souligné que Roland avait le don d'attirer l'attention de ses amis sur des disques qu'ils étaient susceptibles d'aimer, alors même que ce n'était pas des disques qui épousaient ses propres goûts... Allez, s'il ne faut qu'un regret, c'est que PJ n'ait pas passé un seul morceau de Brain Damage, ce qui est tout de même étonnant...

Les dinosaures parlent aux dinosaures...

L'heure des éditeurs sonne alors et Francis Z Saint-Martin, André-François Ruaud et Mireille Rivalland (où est son initiale centrale ?) viennent parler de leur expérience de travail avec Roland.
Le Z. ouvre le feu en parlant avec le sérieux indéfectible qui le caractérise du cycle du fandom et des pastiches commis par Roland aux éditions de l'hydre. Il emploie un ton tellement docte que ces trésors faniques en paraissent plus importants que les bô livres dont les autres intervenants parleront ensuite... 


Ça m'a fait beaucoup rire, alors je suppose que ça aurait beaucoup plu à Roland... Même si, évidemment, il avait toutes les raisons d'être très fiers des publications dont Mireille et André se sont faits l'écho. Les magnifiques éditions des Moutons, qui viendront orner nos étagères à côté de Poupée, ne sont que justice pour une oeuvre essentielle de la SF, ce qu'André a rappelé avec beaucoup d'émotion...
 Mireille a évoqué autant l'homme et le copain que l'auteur et c'est exactement ce qu'on avait envie d'entendre, car l'oeuvre était indissociable de la vie de Roland. L'entendre parler du fonctionnement de l'esprit de Roland, de sa construction mentale archi-précise de son oeuvre bien avant qu'elle soit couchée sur papier et de sa mémoire phénoménale a ramené une bonne quantité de souvenirs dans mon esprit... Je revois Roland, dans son appartement de "Bourre-la-Reine", en train de jubiler tout en me racontant par le menu le dernier roman dont il avait conçu l'histoire, avec un luxe de précisions et de détails tous tellement dingues que je me marrais avec lui, tout en doutant que tout cela finisse réellement sur le papier... Je vous laisse imaginer ma jubilation quelques temps plus tard en retrouvant toute l'histoire qu'il m'avait racontée dans le roman qui venait de sortir et qui était... La Balle du Néant...

Notre après-midi souvenir, s'acheva par 20 minutes d'exercice universitaire de la part de Simon Bréant, pas inintéressant...

Pour conclure cette après-midi, un petit mot très ému de Sylvie Denis (désolé de ne pas avoir tellement discuté avec Sylvie, mais elle était forcément très occupée)... Puis l'intervention du Sénateur-Maire Philippe Kaltenbach, sur la corde raide du mundane qui tente de parler d'un auteur qu'il ne connaît pas dans un genre qu'il ne connaît pas plus.... Pas trop mal, malgré un faux-pas qui fit rire tout le monde... Richard Wagner le lui aurait pardonné... D'autant que, malgré sa méconnaissance de l'auteur, il a soutenu et même imposé le projet à ses services, ce qui est tout à son honneur !
Sylvie, émue.
 M. le sénateur-maire et la directrice de la Médiathèque,
en présence de Jean-Luc Rivera, Sylvie Denis,
Natacha Wagner et la maman de Roland,
dont la présence a fait chaud au coeur de tous les participants.

Ensuite quelques libations bienvenues pour que chacun puisse discuter avec chacune et réciproquement.... Je manque de photos sur ce coup-là, car la batterie de rechange que j'avais achetée exprès pour pouvoir être tranquille en cette journée... était restée chez Joseph !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!



 Jean-Jacques Nguyen dans un vibrant hommage au Cycle du Fandom...

Après un moment de discussion sur le pavé de Clamart, pendant lequel nous pûmes faire nos adieux aux personnes occupées qui ne pouvaient partager le restau, nous nous rendîmes au restau Tex-mex, loin d'être extraordinaire, surtout pour le prix (mais les boissons étaient divisées entre tous et les SF-istes boivent comme des trous. Bon, j'ai trouvé la note un peu salée vu que je n'ai bu que de l'eau du robinet, mais c'était ma contribution à la convivialité de l'instant ;) ). Sérieusement, l'important c'était d'être ensemble et c'était bien...
 Zandrine, le Z, l'AFR

 CJ, Jeam Tag

Sylvie (à droite, bien sûr :P) et Jean-Luc Rivera
qu'on ne remerciera jamais assez pour sa superbe organisation
d'une journée qui résonnera dans nos cœurs pendant encore longtemps...



Le dernier épisode de cette journée est un  hommage fanique en soi, le genre de plan que des gens respectables ne font pas... Heureusement que nous ne le sommes pas... J'avais proposé à Zandrine et à Jeam de les ramener à Paris, pour qu'ils puissent prendre plus aisément un métro à cette heure tardive. Christine et Joe étaient déjà de la partie, puisqu'on dormait de nouveau dans l'antre altairacien, quand AFR me demanda si je pouvais le ramener à Paris... Sur le coup, je lui dis qu'il n'y avait plus de place, ce dont j'étais désolé, mais devant son air déconfit, le remords nous taraudant, nous suivîmes la suggestion de Jones : se tasser !
Il est vrai qu'horizontalement, il n'y avait plus de place, mais verticalement, je suis sûr qu'on aurait pu entasser encore deux ou trois fans dans la bagnole...
(merci Jeam de m'avoir prêté son appareil qui, lui, avait de la batterie ;-)  )
(Et félicitez-moi, braves passagers, d'avoir résisté à Claude
qui voulait que j'aille à Paris avec sa Ford Ka !!!)



Pardonnez-moi si j'ai oublié des micro-événements, mais cette journée était à l'image de Roland : passionnée et généreuse et les souvenirs ressurgiront probablement par vagues, au moment où l'on s'y attend le moins... Merci à tous les amis et les inconnus que j'ai croisé ce jour et ont fait de cette commémoration un beau moment...

samedi 4 mai 2013

A l’Aube des Ténèbres – Fritz Leiber


Nouvelle incursion dans un roman de Fritz Leiber. Un que je n’avais jamais lu cette fois-ci...
Malheureusement, on est loin du Vagabond... C’est un bon roman d’aventures SF, certes, mais il a un peu de mal à démarrer. Le choix narratif de Leiber pour expliciter les tenants et aboutissants de son monde (dans le premier chapitre) est ahurissant de naïveté et plutôt ennuyeux...
Il faut persévérer et ne pas s’appesantir sur les cent premières pages pour se laisser prendre au rythme de cette lutte entre Hiérarchie et Sorcellerie, assez sympathique... Mais anecdotique...

mercredi 1 mai 2013

Le Vagabond – Fritz Leiber


Grosse envie de relire ce vieux classique qui m’avait enchanté en mars 1981 (oui, je faisais mes fiches à l’époque ;-) ) J’ai bien fait : c’est un excellent roman et ça tient largement la route en 2013. Leiber s’amuse à nous rendre tout petit devant un événement cosmique qui n’est guère qu’une banale poursuite de police... Roman à emboîtements successifs, multitudes de points de vue parfaitement maîtrisée (qui sera reprise des années plus tard par le cinéma... Spielberg, t’as lu Le Vagabond avant de plancher sur Rencontres, non? (Merci de répondre en commentaire)). La traduction est un peu « arrondie » et ampoulée par rapport aux extraits de la VO que j’aie pu lire et elle contient quelques raccourcis saisissants (et plutôt affligeants) entre lunes et planètes, mais elle reste tout de même très lisible...
Ça fait deux fois que je relis du Leiber et que je tombe sous le charme... Il va falloir que j’aille faire un tour du côté de ses nombreux autres livres... que je n’ai pas lus !

jeudi 18 avril 2013

Fiction Spécial 28 - Toxicofuturis



Oh la la... Autant j’ai plaisir à relire les univers, autant je n’aurais probablement jamais ouvert cette antho si j’avais eu la malchance de la lire à l’époque... Bon. Tout arrive tôt ou tard, j’ai eu la malchance de la lire de nos jours...

Que c’est mauvais... A croire que Demuth n’avait aucun goût ou aucun choix... Etant donnée la qualité du bouquin, sur papier torchon type « Fiction » déjà jauni dès sa sortie, avec un texte visiblement non corrigé (coquilles, fautes d’orthographe et d’accords pleuvent à verse), on peut supposer que l’anthologiste disposait d’un pécule si dérisoire qu’une fois rameuté les copains, il ne pouvait pas se permettre de leur refuser leur texte. On peut supposer que ceux-ci, devant la somme dérisoire qu’on leur proposait, sortait de leur tiroir les machins innommables qu’on leur refuserait ailleurs...
Je ne sais pas, mais j’aimerais bien leur trouver des excuses, parce que si j’ai entrepris de lire ce recueil, c’est que le sommaire m’intéressait et que les noms des auteurs m’attiraient...

Hélas, entre le machin infâme torché (c’est le cas de le dire) par Frémion, la nouvelle foutraque et anodine de Jan De Fast, les textes banals et immédiatement oubliés de Barlow, Walther (shhhheshhh), Houssin, Dermèze (gentil), Jeury et Alexandre... Il ne restait pas grand chose à se mettre sous la dent... Le Curval n’est pas trop mal et le texte de Michel Leriche est étonnant, car il ne décrit pas mal notre monde... d’aujourd’hui ! Ce qui n’est pas souvent le cas des textes de 77...

Bon. On ne meurt pas d’un mauvais livre... Il y en a d’autres ;-)

jeudi 11 avril 2013

Eros au Futur - Fiction Spécial 27

 Nouvelle plongée dans un futur du passé et dans les seventies... Je deviens un vrai vieux con nostalgique, ce qui est toujours mieux qu'un vieux con mort ou fasciste ou amorphe ou pas mal d'autres choses encore que je ne souhaite à personne...

Contrairement au dernier Fiction Spécial que j'ai exploré, celui-ci est d'une très bonne tenue (exception faite des coquilles et fautes diverses, mais bon, on sait qu'Opta était un éditeur merdique qui ne privilégiait guère l'étape "correction" de ses bouquins...)

Il est tout de même plus aisé de créer une anthologie de textes étrangers que français... Même s'il y a de très bons écrivains en France, il faut, en tant qu'anthologiste, oser refuser un texte qu'on a sollicité. Ça ne doit pas être évident... Si je retourne au FS 28 de la fois dernière, vous imaginez Michel Demuth, après avoir demandé un texte spécifique à Yves Frémion, alors rédacteur en chef d'univers, revue cotée dans laquelle Demuth pouvait espérer publier un de ses propres textes, refuser celui-ci ?? "Écoute, Yves, tu te fous de ma gueule, la merde que tu as envoyée est la pire chose que tu aies jamais pondue ! N'importe quel collégien m'aurait fourni mieux et si on t'avait envoyé cela, même en bouche-trou, tu te serais essuyé les pieds dedans...

Non. Je ne pense pas. C'est plutôt : "Ah merde, il se fout de ma gueule, la merde qu'il m'a envoyée est la pire chose qu'il ait jamais pondue ! Bon. Tant pis, je ne peux pas la lui refuser, j'ai une nouvelle en attente pour Univers. Et puis, j'aurai jamais assez de textes pour ce Fiction si je refuse. Oh, tant pis, je m'en fous, je serai payé pareil et lui aussi... De toutes façons, personne ne retient jamais le nom de l'anthologiste, alors..."

Évidemment, pour Jacques Chambon, le travail était plus aisé... Il n'avait qu'à choisir dans des anthologies anglo-saxonnes, les textes qu'il préférait. Le travail d’écrémage des mauvais textes avait déjà été faits par ses homologues américains... En prenant les meilleures nouvelles de chaque livre, il s'assurait de produire une excellente antho, d'autant qu'il a plutôt bon goût. Tout ça pour pas vraiment plus cher qu'une antho originale... Trop cool.

Cet Éros au Futur est plutôt réussi, même si on n'y trouve pas, de nos jours, le "frisson de l'audace" qui, peut-être, imprégnait la chose en 1977. En tout cas, les textes ont bien passé l'épreuve du temps...
Les deux nouvelles de Silverberg sont de beaux textes bien de leur époque, celle où il était non seulement en verve, mais aussi "habité"... Le texte de Brian Aldiss est tout simplement excellent. A la relecture des univers, ainsi qu'ici, je me rends compte que j'aime beaucoup Aldiss. Je me souviens en revanche de n'avoir pas vraiment apprécié ses romans à l'époque... Peut-être est-il temps que j'aille m'y plonger de nouveau (à moins qu'il ne soit vraiment bien meilleur novelliste que romancier ??) 

Certaines nouvelles accusent leur âge et sont peut-être un peu moins intéressantes de nos jours, pour avoir gagné en "banalité", comme celles de Joanna Russ ou de Pamela Sargent. Mais d'autres, bien qu'un peu "défraîchies" également, restent très lisibles par l'efficacité de l'écriture, comme celles de Piers Anthony ou Terry Champagne, par exemple...

J'ai beaucoup aimé l'ensemble de l'antho... La seule nouvelle à m'avoir déçu a été celle d'Harlan Ellison, trop brouillonne, banale et longue pour retenir mon attention...



dimanche 7 avril 2013

RCW - Ayerdahl


Publié chez Actu-SF, cette nouvelle d’Ayerdahl est plus qu’un hommage à Roland, trop tôt disparu. C’est une nouvelle incursion dans les Futurs Mystères de Paris, un magnifique nouvel épisode des aventures de Temple Sacré de l’Aube Radieuse, un pastiche qui ne dérape jamais dans la parodie, un clin d’œil, un salut, un moment de pur bonheur, un « à la manière de » parfait qui m’a réjouit tout le long de sa lecture et m’a laissé en larmes dans son final émouvant et sincère.
Merci, Yal, pour cette belle nouvelle.

 Roland, en train de faire l'andouille, 
au petit-déj' dans ma cuisine, à Roubaix...
Crétin ! Maintenant, j'aimerais bien avoir aussi un cliché
après ce délire... Mais à l'époque, le fou-rire m'avait suffi...
Vous profiterez donc de cet anonyme RCW...

mardi 2 avril 2013

Univers 05



Ah ! Magie des Univers... Parfois, à la relecture, on se demande pourquoi on a tant aimé cette série et parfois, comme ici, on constate qu’on ne pouvait pas faire autrement...
Sous une couverture magnifique de Forest, voici l’un des tout meilleurs numéros de l’anthologie trimestrielle de notre adolescence (bon, les plus jeunes et les plus vieux, vous adaptez...)
En lisant la nouvelle de Katia Alexandre et Michel Jeury, j’ai la surprise de replonger dans l’univers du lamentable Fleuve Noir de Jeury (Goer, descendu en flammes plus bas dans ce blog)... Sauf qu’ici, c’est une nouvelle tout à fait honorable, entêtante, avec une histoire... Très belle...
Suit une nouvelle de David Gerrold, un peu anecdotique, mais très bien troussée. Et les nouvelles se suivent, parfaites : Bishop, évoque de façon un peu nostalgique le rêve de l’espace dans une société à la « 1984 » ; Barlow, le sort des futurs demoiselles de compagnie des pilotes de l’espace, dans un texte très beau et très poignant ; Priest, charge la mule dans une société patriarcale ; Eklund utilise les voyages temporels pour mieux résoudre les triangles amoureux ; Lafferty (un cran au dessous) délire dans un texte écrit sous influence (j’espère pour lui;-) ) et Wolfe livre une magnifique nouvelle sur la différence.
Le Port-Folio de Volny est peut-être un peu daté, mais hélas toujours d’actualité...

Un numéro quasiment parfait... Je continue donc ma relecture de la série...

jeudi 21 mars 2013

Le Train de la réalité - Roland C. Wagner



Nouvelle immersion dans le monde parallèle de Rêves de Gloire... Ce recueil de nouvelles n'est pas une suite, mais d'autres nouvelles dans la même uchronie, certaines antérieures à RdG... Elles s'intègrent à l'univers, sans s'y intégrer, puisqu'elles se passent principalement en métropole, où le principal traumatisme déclencheur de l’uchronie est bien sûr l’assassinat de Charles De Gaulle. D’ailleurs on va découvrir dans ce livre qui se cachait derrière cet attentat...
Mais n’y a-t-il pas plus de tueurs que nécessaire ? L’ennui avec l’inconscient collectif, c’est qu’il est... collectif et plus d’une voix s’élève pour raconter ses souvenirs...
Ce recueil n'a pas l'unité (si on peut dire) de Rêves de Gloire, mais ce  n'est pas un roman, donc c'est difficilement comparable... J'ai en tout cas beaucoup aimé cette "piqûre de rappel" quelques mois après avoir lu RdG. J’ai juste été un peu déçu de ne pas pouvoir adorer la meilleurs nouvelle du livre : celle du meilleur groupe de rock inconnu de tous les temps, une idée délicieusement Wagnérienne dont le plaisir de lecture est gâché par le choix de Roland d’associer à la voix du narrateur son accent. Que c’est désagréable à lire : je pense sincèrement que le ton aurait suffi, sans déformer les mots, il a bien suffi pour tant de personnages, tant de « voix » des deux livres...
A part ce bémol, une belle réussite dans la continuité du roman avec des échos et des réverb de ce qui se passe en Algérois au bon endroit, au bon moment...

dimanche 17 mars 2013

univers 14



Suite de la période politico-n’importe quoi d’univers... Entendons-nous : ce n’est pas le côté politique d’Univers qui me dérange/dérangeait, d’autant que je partage nombre d’entre elles, en particulier de celles de Monsieur l’ex député Vert Yves Frémion, mais le grand déballage des nouvelles incompréhensibles ou dérisoires sous couvert de modernité... En gros, je constate que ce que je n’avais pas aimé à l’époque, je ne l’aime toujours pas. Le contraire est rarement vrai...
Dans cet Univers 14, je glisserai charitablement dans la première poubelle (de tri sélectif) venue, les textes de Jack Dann et Leveghi, oubliés 5 minutes après les avoir lus...
Dans la 2e poubelle, celle des textes sans intérêt autre qu’anecdotiques, je balancerai le Thirion (frénétique comme à son habitude, mais certaines des ses nouvelles étaient plus réussies), le Houssin (pochade-copinage, dommage), le Coney (apparemment incompréhensible, mais qui s’éclaircit sur la fin, sans pour autant rendre le texte intéressant, quel supplice!) et même le Marlson (banal)
3e bac, nouvelle pas mal, mais très (trop) classique, le Plaisir solitaire de Brian Aldiss, variation sympathique sur Jack l’Eventreur...

Je ne sauverais donc réellement de cet Univers que quatre mémorables pièces :

* l’essai de Bernard Blanc La S-F est-elle radioactive ?, à la fois rigolard et véhément, du pur Bernard Blanc d’alors... Pas étonnant que je fusse à l’époque abonné au Citron Hallucinogène...

* D’amour, de libre arbitre et d’écureuils gris par un soir d’été de Stephen Goldin, une magnifique nouvelle de SF, classique, romantique, éternelle. Parfaitement écrite, avec retenue. J’adore...

* Chronique d’écriture S-F d’Yves Dermèze, petit article (ou nouvelle) d’humour SF bon enfant et malicieux, comme les adorait Dermèze, alias Paul Bérato... Paul Béra est souvent considéré comme un auteur français très mineur et c’est vrai qu’il n’a jamais révolutionné le genre, mais il a passé sa vie à écrire sans faillir des romans de SF qui se tiennent, tout en se tenant à l’écart des modes et des genres. Il était en outre d’une gentillesse et d’une simplicité remarquable et j’ai correspondu un bon moment avec ce vieux monsieur qui vivait modestement "dans sa grande bâtisse en phase de décrépitude avancée" (© Lionel Evrard) du Sud de la France, avec ses 17 chats. J’ai même publié quelques unes de ses pochades dans Lendinstorize, des petits textes humoristiques, qu’il m’envoyait écrits au stylo de sa petite écriture très lisible, mais un peu tremblotante, sur des petits morceaux de papier pelure, des récupérations, car, m’avait-il confié dans un courrier, il tirait sur tout, parce qu’il vivait au seuil de la misère !
Un triste jour, je lui avais envoyé son exemplaire de Lendinstorize et celui-ci était revenu avec la mention « décédé », me rendant bien triste de n’avoir jamais pu rencontrer mon « papy-sf »...
De le retrouver publié dans Univers me fait plaisir, car cela prouve que certains savaient reconnaître le talent où il était, même sans « charge politique » pour l’enrober. Merci Frémion...
De surcroît, le texte est hilarant !;-)

* Le meilleur de cet Univers (et c’est bien la seule fois), c’est le Port Folio de Volny : Sondage. En 6 images d’une sobriété parfaite, il a tout dit de l’indifférence dans lequel vit le monde, de l’hypocrisie des media et des sondages, de notre aveuglement quotidien... C’est une pure merveille...
Tiens, d'ailleurs, je suis sûr que ça ne dérange personne si je le passe ici :



 

samedi 9 mars 2013

L’Enfant des Glaces / Les Otages des Glaces – GJ Arnaud


Le rythme de croisière s’installe et l’auteur raconte linéairement les aventures de Lien Rag... Après avoir recherché pendant longtemps Jdrou, la femme rousse dont il est amoureux, tout en s’occupant secrètement de leur fils métisse, Rag finit par découvrir qu’elle a été tuée. Il confie son enfant à Yeuse et s’enfuit avec Kurts, le pirate...
Rien de neuf, donc dans ces deux épisodes : les personnages sont connus et réapparaissent tour à tour, ça ronronne un peu, ce n’est guère passionnant... C’est écrit avec la passion d’un article de presse régionale et on subit, comme d’habitude, les fantasmes sexuels de l’auteur, ce qui ne peut plaire qu’à ceux qui les partagent... Il y a trente ans, c’est à ce moment de la saga que j’avais abandonné. Je comprends pourquoi...
Je vais essayer de « passer le cap » cette fois-ci en espérant que la série rebondira un peu et tiendra les promesses de ses 60 et quelques épisodes... Mais si ça reste figé comme ça, je n’irai pas bien loin...
It’s a question of... temperature...

NB : Les couvertures des FNA ne sont pas souvent jolies (et encore moins en rapport avec le contenu), mais pour ces deux tomes-là, ils s'étaient réellement surpassés ! La cover des Otages donne envie de vomir... Quant à l'autre, si c'est pour nous claquer un portrait d'Annie Duperey, j'aurais préféré qu'ils prennent une photo tirée "d'un Eléphant, ça trompe énormément"... Y avait pas plus de rapport avec l'Enfant des Glaces, mais j'sais pas pourquoi, j'aime mieux...

vendredi 8 mars 2013

Sans Forme – Gail Carriger



Deuxième volet des aventures steampunk d’Alexia Taraboti, ah non, Lady Maccon, elle s’est mariée, dommage pour l’éditeur qui continue à écrire « Une aventure d’Alexia Taraboti » sur la couverture... L’effet premier est toujours le même pour moi, la profusion de détails vestimentaires, le détail de chacun des repas pris par les protagonistes m’énervent un peu, mais les solides personnages et les aventures originales (malgré quelques ficelles un peu grosses) emportent l’enthousiasme et donne envie d’avancer dans le roman et dans la saga... A noter une très nette prédilection de Mme Carriger pour les descriptions de jolis fessiers... Chacun ses petites obsessions, hein ? Celle-là, je la comprends bien...
Dans ce tome, un phénomène étrange prive les êtres surnaturels de leurs caractéristiques dans une zone géographique qui semble se diriger du sud au nord. Dans cette zone, humains et vampires redeviennent humains (avec les inconvénients que cela présente : faiblesse, vieillissement, mortalité), pour les fantômes, c’est pire, ils sont immédiatement exorcisés... Cela dit, ils ne sont pas bien lotis au départ, les pauvres... Et comme si Lord Maccon n’avait pas assez à faire avec cela, il doit encore faire face à son ancienne meute, qu’il a abandonné jadis, pour trahison... Heureusement que sa vive épouse le soutien et l’épaule en permanence, ou presque... Car la pauvre connaît quelques faiblesses ces derniers temps... Et pour cause...
Distrayant et gouleyant...

mercredi 6 mars 2013

univers 13



Saut en avant dans les Univers... On arrive dans la période du tout Frémion, le délire politique bat son plein et il est parfois difficile de discerner la SF dans tout ça... Les nouvelles partent dans tous les sens. Parfois, rarement, elles sont géniales, la plupart du temps, c’est du charabia insupportable... A moins que, éventuellement, sous influence, comme on dit publiquement ? Comme je ne bois pas plus que je ne me drogue, je passe à côté... Au moins, cette relecture forcée me vaccinera contre une éventuelle nostalgie de la revue !!!

Ce numéro 13 est particulièrement affligeant...
Parmi les humains en métalhumain de David R. Bunch est un texte pessimiste et bien fichu sur une humanité en triste état.
Contre-Odyssée de Michael D. Toman est un délire plutôt rigolo. Après Flaubert dans le numéro 4, c’est Homère qui est dans son collimateur...
Après ces deux nouvelles agréables, ça se détraque. Non-conforme de Jacques Boireau est une nouvelle de politique-fiction « à la française » comme il s’en écrivait tant. C’est tout à fait anecdotique et on pourrait même trouver ça ‘mignon » sous la plume d’un collégien.
J’avais toujours détesté les textes de Craig Strete, mais j’avais gardé le souvenir que celui-ci m’avait plu... Faudra que je vérifie si c’est pas plutôt dans le 17 (?) En tout cas, Nous sommes les gens dont nos parents nous ont causé au téléphone est juste un gros tas de mots... Même pas drôle.
Il n’y a pas que les Français qui écrivait de la politique-fiction, les Italiens aussi... La vie considérée comme une interférence entre la naissance et la mort de Vittorio Curtoni est le récit d’un emprisonnement politique. C’est pas de la SF. Ah si, c’est de la SF parce que c’est les Américains qui ont envahi l’Italie. Si, si, c’est dit dans la première page.
A part ça, c’est pas de la SF et c’est Chiant. (Oui, C majuscule)
Les poètes de Millgrove, Iowa de John T. Sladek est une pochade. Aucun intérêt.
Périphérie de Felix C. Gotschalck est une nouvelle « classique », pas mal fichu, le genre qui « soutient » un bon sommaire, mais qui, noyée dans un mauvais, est jetée avec l’eau du bain.
Les gens heureux ont une histoire de Philippe Castellin, un texte gentiment masturbatoire que Frémion a publié par copinage, comme on le devine à la lecture de l’édito... Pas étonnant que l’auteur n’a plus jamais fait parler de lui...
Heureusement que le numéro se termine sur Le prophète de John Christopher, solide nouvelle de sf classique, malgré son thème très en avance sur son temps... Pas assez pour sauver le numéro à mon goût...

lundi 4 mars 2013

univers 01



A la poursuite des Univers, avec ce troisième retour vers le futur...
Univers 01. Le livre que j’ai acheté à 14 ans et qui allait me marquer durablement, puisque j’allais rechercher très vite les autres numéros de la série (3,4,5, il me semble que c’est tout ce qui était paru à ce moment, le 2 était épuisé et j’ai fini par le dégoter bien plus tard... Les 6 à 19, je les ai toujours achetés à parution...)
Cette première relecture depuis 30 ans, quel parfum avait-elle ? Celui de la nostalgie ? Même pas vraiment, car j’ai redécouvert chaque nouvelle comme si je ne les avais jamais lues, les ayant toutes oubliées (sauf une dont les premiers mots m’ont immédiatement remis sa musique en tête...), même si, parfois, il me restait un souvenir du plaisir (ou non) que j’y avais pris... C’est comme ça, j’oublie les histoires, mais je me souviens si cela m’a plu ou non...
Ce premier sommaire d’univers donnait le la et mélangeait textes « classiques » et délires expérimentaux (souvent chiants, il faut bien l’avouer, mais parfois, ça fait mouche, même si c’est très subjectif).
Dans cette dernière catégorie, L’oiseau de Mort d’Harlan Ellison et Sur le Monde penché de Michel Demuth, deux nouvelles bien casse-pieds, malgré quelques plaisanteries plaisantes dans la première.
Très classiques : Ersatz éternel de Van Vogt, sans intérêt, mais publié pour mettre un nom vendeur au sommaire et Déflation 2001 de Bob Shaw, rigolote, mais complètement anecdotique (ça fait du bien parfois)...
Notes pour un roman sur le premier vaisseau atterrissant sur Vénus de Barry N. Malzberg, ni une nouvelle, ni un roman, mais pas inintéressant à lire. Honnêtement, c’est le meilleur texte de Malzberg que j’ai lu, il a peut-être bien fait de ne pas en tirer un roman imbuvable, à son habitude... Moby, aussi de Gordon Eklund est aussi archi-classique dans le traitement et assez oubliable...
Le défi de l’au-delà, le grand round robin d’auteurs archaïques est plutôt amusant à lire... Surtout parce qu’Abraham Merritt et Catherine L. Moore posent les jalons d’une histoire très classique, mais avec juste ce qu’il faut d’accroches et d’explications pour que les auteurs suivants puissent en tirer un texte potable et que tous leurs efforts sont fichus par terre par Lovecraft qui se met à bavasser interminablement, à tirer l’histoire du côté de ses obsessions, a asséner des explications tarabiscotées et ridicules qui vont à l’encontre de ce que les deux premiers auteurs ont écrit, bref de rendre la nouvelle indigeste et ridicule. On a presqu’envie d’abandonner et puis Robert E. Howard prend le relais. Je n’ai jamais lu une ligne de Howard, mais sa réaction m’a tellement fait rire que ça m’a donné envie... En deux paragraphes, il fout un grand coup de pied dans le galimatias de Lovecraft et repart sur une idée à lui, sans se préoccuper davantage de ce qui précède... Frank Belknap Long reprend alors la nouvelle, y ajoute le point de vue que Howard avait un peu négligé et réussit à écrire une fin qui se tient... Marrant, malgré le presque siècle écoulé depuis l’écriture de ce récit...

Les deux plus belles réussites de cet Univers, selon mon goût actuel... C’est d’abord Le Salaud de Frederick Pohl, qui, en quelques pages mettant en scène un délinquant solitaire dans l’espace infini, aligne des comportements humains immuables, le désespoir de la solitude et des rapports très bien décrits entre les personnages. Excellent.

Enfin, L’Herbe du Temps de Norman Spinrad... A peine avais-je lu les premières lignes que le souvenir de ce texte, que j’avais relu un nombre incalculable de fois à l’époque, il faut l’avouer, m’est revenu à l'esprit. Je savais / saurai / ai su immédiatement où il me menait et de nouveau, j’ai succombé / succombe / succomberai au charme indicible d’une nouvelle absolument parfaite. Du très, très grand Spinrad... Et probablement une des meilleures nouvelles de SF que j’ai jamais lues / lirai jamais...

samedi 2 mars 2013

Univers 09



Redécouverte des univers et tant pis pour les déconfitures, je n’avais tout de même pas si mauvais goût que ça, adolescent, et si certaines nouvelles ne sont pas à la hauteur de mes souvenirs, d’autres en ont été bannies à tort...
Ce deuxième bain de jouvence dans la plus étrange des revues-anthologie de sf des années 70 m’a gentiment rafraîchi....
Les années ne m’ont pas fait changé de sentiments envers la nouvelle de Craig Strete du numéro, joyeux foutoir à la limite de l’illisible (d’après mes souvenirs, Frémion a souvent passé des nouvelles de l’Indien (parce qu’il était Indien?) et une seule m’avait charmé : celle d’univers 13, ça tombe bien, il est dans les prochains que je vais relire...)
C’est étonnant, trois des nouvelles du numéro m’ont paru quasiment identique dans leur structure : une relation de fuite dans un monde étranger, avec effets de style direct pour frapper aux tripes du lecteur... L’Elégie de l’oiseau Keeku, Forêt d’absence et Qui sème le Temps récolte la Tempête, trois nouvelles « univers-copyrighted », pas mal, mais qui vieillissent un peu.
A la limite, les nouvelles qui étaient déjà vieillottes à l’époque ont au moins l’avantage de ne pas avoir vieilli davantage et sont parmi mes préférées du numéro. Bonne Nuit les Petits de Harry Harrisson est une nouvelle de SF classique, mais j’ai aimé son traitement sec et efficace. Et Cryosculpture de Robert Wissner, sur la solitude dans un monde technologique était très bonne également...
Les pièces de théâtre déjantées de Brian Aldiss ne sont probablement pas plus de la sf qu’elles ne l’étaient à l’époque, mais elles m’ont au moins bien fait rire... (Plus qu’alors, j’en suis sûr).
La palme va au « Triomphe de la grande Révolution verte en amérique » de Murray Yaco, qui, en bon visionnaire de SF anticipait excellement sur les progrès de la génétique , même si le sigle O.G.M. ne signifiait encore rien au moment où le texte fut écrit... Ça reste très drôle et grinçant...

Univers reste une lecture d’actualité...